À l’occasion de la Journée internationale des Droits des Femmes, partons à la rencontre des trois administratrices LORCA pour recueillir leur vision de la place des femmes dans le monde agricole.
Pouvez-vous nous raconter votre parcours et ce qui vous a amenée à devenir agricultrice ?
Michele DIETSCH : Être agriculteur ou agricultrice, c’est produire des denrées alimentaires, c’est nourrir et apporter à mes concitoyens une alimentation saine et de qualité dont ils ont besoin. Se nourrir est un besoin physiologique vital, tout comme l’air qu’on respire. Être agriculteur ou agricultrice, c’est donc être utile. C’est cette notion « être utile » qui m’a poussée à faire des études agricoles, puis à m’installer en reprenant l’exploitation d’un couple d’agriculteurs qui partait en retraite. C’est une exploitation à dominante herbagère avec une production de lait de vache, une production qui fait sens pour moi.
Estelle POCHAT : Passionnée par le métier d’agriculteur dès la petite enfance, j’accompagnais mon grand-père et mon père dans l’élevage et dans les engins en période de moisson, pendant les vacances. J’ai choisi de faire des études d’ingénieur en agro-alimentaire qui permettent une passerelle diplômante pour l’installation aidée. Mes premières expériences chez Roquette, client de la coopérative puis dans une usine d’alimentation animale à la Côte-Saint-André (38) ont confirmé mes choix pour la production céréalière et le retour aux sources sur l’exploitation familiale.
Elodie WAGNER : Je suis Elodie WAGNER, j’ai 34 ans, je suis mariée, j’ai une fille de 12 ans et un fils de 8 ans. Je suis installée depuis 2012 sur l’exploitation familiale avec mon mari et mes parents en polyculture-élevage. J’ai fait un BEPA de deux ans, suivi d’un BAC PRO CGEA de deux ans également au lycée agricole de Château-Salins. J’ai toujours vécu sur une exploitation agricole, grandi et évolué au rythme de ma famille d’agriculteurs. L’envie de devenir agricultrice était pour moi une évidence malgré les aléas que ce métier peut connaitre. Car ce métier est avant tout une passion et un mode de vie qui me correspondait !
Quelle est votre perception de l’évolution des femmes dans le milieu agricole ?
MD : Au fil des années, les femmes ont acquis un statut, une reconnaissance juridique et surtout sociale. Elles ne sont plus cantonnées uniquement au travail administratif et au soin des animaux, les tâches sont de plus en plus partagées. Leurs activités peuvent être aussi diversifiées que celles des hommes, leur implication dans les prises de décisions plus fréquentes.
EP : La place de la femme dans le milieu agricole n’a fait que progresser : ma grand-mère n’avait pas le statut d’exploitante alors que de retour d’expulsion après la guerre elle travaillait quotidiennement à la reconstruction de la ferme. Maman est devenue exploitante en 1988, je me suis associée et ai pris la suite de l’exploitation en 2005. Aujourd’hui les femmes cheffe de silo, conductrice de camion, responsable de magasin de matériaux, technicienne PV ou PA n’étonnent plus personne : leur rigueur et leur compétence ne sont plus à prouver.
EW : Je pense que l’évolution des femmes dans le milieu agricole ou plus généralement dans le milieu rural est sans doute passé par les formations/études plus poussées et plus ouvertes aux femmes. Ces formations ont en partie données de nouvelles manières de penser, des ouvertures d’esprit plus larges et leurs ont données des capacités à participer pleinement à la vie et aux décisions des exploitations. La technologie a également contribué à l’ouverture sur le monde extérieur et l’état d’esprit des femmes. Je voudrai tout de même souligner également, que la gent masculine en agriculture a également évolué (installation hors cadre, reconversion professionnelle, etc.) et a permis d’accepter et considérer plus les femmes dans ce milieu.
Quelle organisation et quelle répartition du temps mettez-vous en place pour concilier vie professionnelle, engagement et vie personnelle ?
MD : Pour pouvoir concilier tous les métiers et responsabilités, il faut une bonne communication, de l’anticipation, et beaucoup d’organisation. Il faut par exemple accepter quelques fois de préparer ses réunions le soir plutôt que de regarder un bon film. En disant ça, vous comprenez que la vie personnelle est souvent mise de côté au profit des engagements que l’on accepte. Il n’y a pas de répartition du temps prédéfini, c’est selon le calendrier. C’est un équilibre à trouver pour tout faire sans s’oublier ! L’équilibre est propre à chacun, chacune.
EP : Les responsabilités de la vie familiale sont partagées avec mon mari qui ne travaille pas dans le milieu agricole et s’occupe plus des enfants en période de gros travaux. Concernant mes engagements, un salarié polyvalent est employé à plein temps sur l’exploitation et présent en semaine lors des réunions. Pour tout concilier : une organisation anticipée est nécessaire.
EW : Sur notre exploitation la traite, opération d’astreinte journalière est robotisée depuis de nombreuses années, de ce fait nous avons pu adapter nos horaires en fonction des horaires des écoles par exemple. Lorsque je dois m’absenter c’est mon mari et mes parents qui prennent la relève au niveau logistique pour les enfants, les repas mais aussi sur l’exploitation. Nous sommes tous les quatre assez polyvalents sur les travaux du quotidien, ce qui permet à chacun de s’absenter. J’arrive difficilement à estimer le temps que je consacre à mes différentes responsabilités et mes engagements, toute la répartition reste très aléatoire. En plus nous vivons sur à deux pas de l’exploitation ! Il est très rare qu’après une réunion ou une journée d’absence je ne retourne pas soigner, inséminer ou observer un animal même si mes associés ont déjà effectué le plus gros du travail ! Les soirées et les week-ends sont principalement réservés aux enfants et à la famille.
Quelles qualités ou forces particulières les femmes apportent-elles selon vous au métier d’agriculteur et à la vie de la coopérative ?
MD : Question difficile : je n’aime pas « genrer » les choses. Chaque être humain a de nombreuses forces et… quelques faiblesses ! Mais globalement, les femmes ont peut-être moins d’œillères et sont capables de prendre du recul dans certaines situations, sont plus pragmatiques, plus posées dans la réflexion.
EP : La vie de la coopérative c’est d’abord un travail d’équipe pour cela il faut de l’écoute, de l’organisation, de la vigilance et de l’efficacité comme sur l’exploitation agricole. La mixité dans les équipes de la coopérative enrichit la réflexion collective, améliore la créativité pour une meilleure prise de décision. Les femmes aux côtés des hommes créent du lien, favorisent l’entraide et la solidarité forte dans notre métier d’agriculteur et à la coopérative.
EW : En agriculture comme au sein des institutions agricoles, les femmes sont de véritables moteurs grâce à leur esprit d’initiative, leur optimisme et leur volonté de faire évoluer les idées. Elles savent prendre du recul et consacrer le temps nécessaire à l’analyse lors des échanges et des prises de décision. Et parce qu’elles sont souvent à la fois agricultrices et mères de famille, les situations imprévues qui demandent de l’adaptation ne leur font pas peur. Cette capacité d’improvisation et cette polyvalence sont de véritables atouts pour le métier d’agriculteur.
Que vous évoque le verbe « oser »
MD : Faire ce qui nous semble être bon de faire sans tenir compte du jugement des autres.
EP : C’est prendre des risques, sortir de sa zone de confort, avoir confiance en l’avenir. C’est positiver.
EW : Le verbe « oser » m’évoque le courage de faire une action, de donner une idée, qui peut plaire… ou déplaire ! Mais aussi de me lancer de nouveau défis !
Qu’auriez-vous envie de dire à une femme pour qu’elle ose, que ce soit dans le milieu agricole ou ailleurs ?
MD : Qu’elle fasse comme un homme. Qu’elle ne se pose pas de mauvaises questions. Qu’elle ait sa propre opinion, argumentée. La faire vivre ou la mettre en œuvre. Si elle veut faire quelque chose qu’elle pense être juste, bon pour elle ou quelqu’un, qu’elle le fasse.
EP : D’abord d’écouter ses envies, le mot Impossible n’existe pas, de franchir les obstacles les uns après les autres, d’avoir confiance et de s’entourer de personnes de confiance car seule on va plus vite mais ensemble on va plus loin.
EW : J’aimerais dire qu’en règle générale si on n’ose pas, on n’échoue pas, mais on ne réussit pas non plus. Alors le meilleur moyen d’essayer d’atteindre ses objectifs, c’est de se donner de l’ambition et de s’affirmer, c’est d’oser, mais pas n’importe comment, en prenant le temps de réfléchir aux conséquences et en se préservant !